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Subprime: plainte en vue contre KBC

Une société de gestion française est sur le point de porter plainte contre la banque flamande devant le parquet de Paris. Elle l'accuse de manoeuvres frauduleuses dans le cadre de la vente de "CDOs". Une grande première !
Voilà une affaire qui pourrait faire réfléchir pas mal de banquiers mis à mal par la tristement célèbre crise du "subprime". Selon nos informations, une petite société de gestion française est sur le point de porter plainte contre le groupe KBC devant la section financière du parquet de Paris. Cette société, qui a tenu à conserver l'anonymat, devrait entamer la procédure au plus tard avant le 11 juin. Manoeuvres frauduleuses ?
Elle accuse en effet la banque flamande de "manoeuvres frauduleuses" dans le cadre de la commercialisation de CDOs (Collateralized Debt Obligations), ces produits structurés derrière lesquels on trouve notamment du "subprime" (prêts hypothécaires accordés à des débiteurs de mauvaise qualité).
Ces manoeuvres auraient été matérialisées, aux yeux de la société, par l'allégation que les CDOs émis, structurés et commercialisés par KBC Financial Products durant les années 2000, bénéficiaient de la garantie du groupe KBC. En clair, la société de gestion française estime qu'il y avait de la part de KBC un engagement d'apporter une garantie de substitution, c'est-à-dire d'éliminer des actifs sous-jacents défaillants pour les remplacer par des actifs de qualité supérieure, histoire de protéger la qualité du portefeuille des CDOs qu'elle gère. C'est en tout cas le message commercial qu'elle aurait fait passer quand, il y a quelques années, elle s'est lancée comme beaucoup d'autres institutions dans les activités CDO, après notamment avoir racheté certaines parties de la société américaine D.E. Shaw en 1999.
Un précédent lourd de sens
Exemple de cette garantie de substitution : lors de la présentation du CDO nommé "Baker Street" en 2006, elle a évoqué la sortie du risque sur Parmalat, ce groupe agro-alimentaire italien qui a fait faillite fin 2003 pour le remplacer par un actif de meilleure qualité.
La KBC aurait donc vendu des CDOs en faisant valoir cette garantie de substitution, ce qui aurait poussé la société de gestion française à en acheter. Mais la crise du subprime, qui a éclaté en juin 2007, est venue tout compliquer. La quantité de papiers défaillants du type "subprime" n'a fait qu'exploser. Et la question est donc de savoir si KBC apporte réellement la garantie de substitution d'actifs défaillants (type "subprime"). "Oui, rien n' a changé à ce sujet. En tant que gestionnaire CDO, KBC a effectué de nombreuses substitutions ces derniers mois", nous a-t-on expliqué chez KBC. Qui précise tout de même qu' "il ne s'agit pas d'une garantie ou d'une obligation, mais d'un droit de KBC Financial Products de substituer certaines positions du portefeuille de manière autonome."
D'où la deuxième question : une telle situation n'implique-t-elle pas des provisions plus importantes que celles annoncées jusqu'à présent (un peu plus de 527 millions d'euros sur les trois derniers mois) ? "Non", répond la banque. "Nous tenons à souligner que KBC adopte une approche très conservatrice en ce qui concerne la valorisation de ses CDOs", poursuit-elle.
Il n'en reste pas moins que certaines tranches CDO sont invendables aux prix (jugés trop élevés) affichés par KBC, selon la société de gestion.
Alors que croire ? La société de gestion, en recherche de papiers très rémunérateurs, n'était-elle pas suffisamment consciente du risque qu'elle a pris il y a quelques années ? Ou KBC a-t-elle réellement donné des informations trompeuses au moment de la vente de ces produits ? Ce sera très probablement à la justice de trancher.
Ariane van Caloen. Source: La Libre Belgique 6 juin 2008.

Qu'est-ce qu'un CDO? (La libre Belgique)

Comme on peut le lire par ailleurs, le CDO - pour Collateralized debt obligations - est au centre de la plainte que compte déposer une société de gestion française contre KBC. Mais qu'est-ce qu'un CDO ? C'est comme un fonds de placement, à la grande nuance près qu'il y a des parts plus risquées, mais mieux rémunérées que d'autres.
A l'actif d'un CDO, on trouve des créances titrisées du type prêts aux entreprises, "subprime" (prêts hypothécaires émis par des débiteurs à risque) ou dérivés d'obligations. Le passif du CDO est constitué de dettes structurées. La structuration des dettes est obtenue en recourant à la technique de la subordination qui consiste à établir une hiérarchie au sein des porteurs de titres. Voici quelques termes qui désignent l'ordre de subordination : l'"equity" est la part la plus risquée, la dette dite "senior" est la plus sûre. Entre les deux, on trouve les "mezzanine". En clair, celui qui détient des parts "equity" est plus soumis au risque de perdre sa mise que celui qui a des parts "senior". Un des objectifs majeurs du processus de segmentation de la dette est donc de créer des instruments aux profils risque/rendement diversifiés.
Elles sont rares, les banques ou les grandes compagnies d'assurances qui ne se sont pas laissés tenter par les CDO. Lors de la présentation de ses résultats annuels en février, KBC affichait un portefeuille de CDO de 6,9 milliards d'euros dans son bilan. Selon certaines estimations, elle aurait aussi commercialisé des CDO pour une vingtaine de milliards d'euros.
Source: La libre Belgique 6 juin 2008